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Boutin : « Je n’attends rien de l’Elysée, je m’adresse aux Français »

PCD 20 décembre 2011

Christine Boutin était interrogée par les Inrocks sur sa candidature et les difficultés pour obtenir les parrainages des maires.

Vous avez évoqué à plusieurs reprises le fait que vous pourriez sortir une bombe atomique si vous n’obtenez pas vos parrainages. A quoi faites-vous allusion ?

Je sais qu’il y a un blocage de la part des deux plus grands partis et de l’Elysée pour que je n’obtienne pas mes parrainages. En 2002, lorsque je me suis présentée, j’ai eu 700 signatures sans trop de difficultés. Aujourd’hui, j’ai seulement 150 signatures donc il y a quelque chose qui ne va pas. Si malgré mes efforts, je ne les obtiens pas, j’utiliserai une bombe atomique durant ma campagne pour déverrouiller la démocratie. Quoi qu’il en soit, je n’en parlerai pas maintenant ; c’est un instrument que j’espère ne pas avoir à utiliser.

Est-ce une affaire politique ?

Je ferai savoir ce dont il s’agit en temps opportun, c’est à dire dans le courant du mois de février si je n’arrive pas à avoir mes signatures. D’ici-là, je poursuis mes démarches : vous avez pu lire ma lettre au Conseil constitutionnel, mes équipes continuent de battre la campagne.

Si cette affaire allait à l’encontre des intérêts de la République, il serait de votre devoir de la révéler.

Oui mais je suis désolée, je ne vous répondrai pas davantage sur cette affaire de la bombe atomique. Ce que je peux vous dire, c’est que l’attitude du PS, de l’UMP et de l’Elysée me détermine encore davantage si c’était nécessaire à aller jusqu’au bout. Au-delà de mes propres idées, je crois en la démocratie et je ne peux pas accepter qu’un dévoiement de l’élection présidentielle remette en cause la diversité politique.

Cette menace est-elle un moyen de faire exister votre candidature ?

Je ne suis pas dans le bluff. J’ai beaucoup travaillé mon projet et sa qualité a été reconnue mais sans mes signatures je ne pourrai pas aller plus loin. Ma priorité aujourd’hui c’est d’appeler au secours. Nos institutions sont trahies et notre système est en train de s’écrouler. Il est impératif d’aller vers plus de fraternité, de transparence et de simplification.

Vous avez évoqué le fait que vos collaborateurs s’étaient rendus à l’Elysée au sujet des parrainages. Qu’est-il ressorti de ces discussions ?

L’objet de cette rencontre était l’élection présidentielle et les législatives. En aucun cas mes collaborateurs ne sont allés mendier des parrainages. On leur a fait comprendre que l’Elysée pourrait, s’il le voulait, rendre les choses beaucoup plus faciles : cette conception du pouvoir me hérisse. Qui sont-ils pour décider qui a droit d’être candidat à l’élection présidentielle ? On leur a aussi fait comprendre qu’ils n’avaient aucune intention de nous aider. Ils méprisent bien trop ma candidature pour ça. Cela tombe bien, je n’attends rien de l’Elysée, je m’adresse aux Français.

Quelles sont les propositions qui rendent nécessaire votre candidature aujourd’hui ?

Ma candidature vise à défendre l’idée que l’homme doit revenir au cœur de nos préoccupations. Cette volonté s’exprime par des propositions concrètes, comme le principe d’un revenu de base. Cette proposition permettrait de ne jamais tomber dans l’extrême précarité par le versement d’un revenu de base de la naissance à la mort, sans condition de ressources. Le montant serait de 200 euros jusqu’à 18 ans et de 400 euros de 18 ans à la mort. En contrepartie, tout le monde paye l’impôt sur le capital comme sur le travail.

Cette proposition est assortie d’une très large simplification fiscale qui fait disparaître toutes les allocations existantes et toutes les niches fiscales inefficaces. Il n’y aurait que deux tranches d’imposition : de 0 à 20 000 euros par an, de l’ordre de 20 %, et au-dessus de 20 000 euros par an, de 15% supplémentaire. Pour l’Etat, cette proposition se fait à budget constant. Elle permet en outre de réduire les cotisations sociales payées par les entreprises de 53 millions d’euros.

Quelle est l’urgence de revenir sur le droit du sol aujourd’hui ?

Il y a une inquiétude vis-à-vis de l’immigration, une vraie interrogation quant à la nationalité. On ne devient pas Français uniquement parce qu’on est né sur le territoire. On doit devenir Français parce qu’on en fait la demande, ça doit être le résultat d’une démarche, l’expression d’une volonté.

Quel est l’intérêt de se revendiquer comme un parti chrétien alors que la laïcité fait désormais partie des fondements du pacte républicain ?

Il s’agit d’un parti politique, d’un courant de pensée chrétien-démocrate et non pas d’un parti confessionnel. Robert Schuman a construit l’Europe sur la base des valeurs chrétiennes de la réconciliation et du pardon. Je souhaite que ces valeurs revoient le jour. Comme je vous l’ai dit, il faut replacer l’homme au cœur de notre projet de société, et notamment de l’économie. Aujourd’hui, on a le sentiment que l’homme est au service des marchés et des agences de notations, qu’il n’est plus qu’une variable d’ajustement. C’est le monde à l’envers.

Beaucoup de chrétiens ont rejoint les rangs du FN notamment les traditionnalistes.

Je pense que c’est incompatible. Je n’ai jamais compris comment on peut vivre de l’Espérance chrétienne et vouloir rétablir la peine de mort.

Peu de temps après l’annonce de votre candidature, un site parodique (boutin2012.net) a vu le jour. Vous faites souvent l’objet de caricatures, comment l’expliquez-vous ?

J’ai des convictions fortes et c’est ce qu’on me reproche. Dans un monde où le relativisme est la norme, une position claire et constante dérange.

Reconnaissez-vous que votre intransigeance et votre rigorisme sur certaines questions de société ont pu par le passé choquer certaines personnes ?

Affirmer ses convictions, ce n’est pas de l’intransigeance. En revanche, j’ai pu me laisser enfermer dans cette image. Vous savez, lorsque mon personnage des Guignols de l’info m’avait représenté comme une truie, ce fut terrible pour moi. Je les ai d’abord traités de salauds puis j’ai fini par me dire que s’ils m’avaient imaginé comme ça, c’est que je leur avais suggéré cela. Il fallait donc que je change. Il faut savoir se remettre en question et je pense que j’ai su le faire.

Propos recueillis par David Doucet       

Retrouvez ici l’intégralité de l’article des Inrocks

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A propos de l'auteur

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