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Christine Boutin : « La vie politique française est complètement bipolarisée »

PCD 29 juin 2012

27/06/2012 | La Gazette de Côte d’Or n° 302 | Par redaction

La présidente du Parti chrétien démocrate (PCD) considère la défaite de l’UMP aux dernières législatives comme un échec. Et Christine Boutin, qui constate l’absence d’un vrai leader à l’UMP depuis le retrait de Nicolas Sarkozy, regrette la bipolarisation de la scène politique nationale.

LA GAZETTE : Certains ténors de l’UMP se sont empressés de relativiser la portée de la défaite de la droite aux dernières élections législatives. Est-ce un sentiment que vous partagez ?
CHRISTINE BOUTIN : Non. C’est un échec dans sa globalité. D’abord, je n’ai jamais cru à l’hypothèse d’une cohabitation. Il était inconcevable d’imaginer une seule seconde  que les Français pourraient se déjuger un mois après avoir préféré François Hollande. Ensuite, le taux d’abstention est assez révélateur : les Français ont éprouvé une lassitude après des mois de campagne, avec les primaires socialistes d’abord, la présidentielle ensuite et enfin les législatives. Et il faut bien avouer que l’UMP n’a pas fait preuve d’un investissement énorme lors de cette campagne…

Lors de la campagne présidentielle et même lors des législatives, il a été souvent question de la droitisation de l’UMP, ou au moins d’une partie de l’UMP…
Lors de la campagne pour les élections législatives, on ne peut pas vraiment dire que les thèses développées par Nicolas Sarkozy – et je parle de toutes les thèses – aient été vraiment reprises. Si le problème avait été ce qu’on appelle la droitisation du programme, cela se serait vu.

Quelle conclusion tirez-vous de ces deux dernières élections ?
Que la vie politique française est complètement bipolarisée…

Ce n’est pas franchement une nouveauté…
À ce niveau, si ! Beaucoup de gens croyaient possible un 21 avril à l’envers. Aux législatives, la multiplication des candidats ne leur a pas été favorable. Prenez l’exemple du Parti socialiste : il a gagné facilement, sans avoir besoin ni du Front de gauche, ni des écologistes… Et cette bipolarisation va à mon sens durer. Elle est inscrite dans le marbre. Le quinquennat, auquel j’étais opposée, l’a d’ailleurs très clairement favorisée. On se dirige lentement mais sûrement vers un système à l’anglo-saxonne. Et je le déplore. Comme je déplore évidemment, en tant que démocrate, de constater que la gauche détient quasiment tous les pouvoirs.

L’UMP est dans l’opposition, pour la première fois depuis dix ans. Mais quel genre d’opposition devra-t-elle incarner ?
Il faudra être objectif. Il faut se rappeler que pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, la gauche s’est opposée systématiquement à toutes les réformes. Or, je crois que les gens commencent à comprendre que la gauche devra assumer toutes les réformes, qui étaient justes et nécessaires. Être dans l’opposition, c’est aussi quelque chose d’intéressant. Par contre, je ne crois pas la gauche capable de montrer les mêmes signes d’ouverture que Nicolas Sarkozy. Celui-ci avait nommé des ministres de gauche, il avait nommé le socialiste Didier Migaud à la présidence de la Cour des Comptes après le décès de Philippe Seguin en janvier 2010. L’ouverture n’est pas dans les traditions des socialistes, qui sont très sectaires.
L’UMP va également devoir se trouver un leader et…
(Elle coupe) C’est bien cela le problème. Un leader doit s’imposer, doit émerger. S’il y en avait un, il s’imposerait naturellement, et nous n’aurions certainement pas à le chercher !
Il y a pas mal de candidats plus ou moins déclarés : Alain Juppé, Jean-François Copé, François Fillon…
Oui, c’est vrai. Et cela pourrait être quelqu’un d’autre ! Nicolas Sarkozy n’a pas toujours été le leader de la droite. Et il l’est devenu.
Pourriez-vous être candidate lors du prochain congrès de l’UMP, au mois de novembre ?
Je suis présidente du Parti chrétien démocrate (PCD), un parti qui est partenaire de l’UMP. Et j’observe forcément ce qu’il s’y passe. Aujourd’hui, je ne sais pas quelles seront mes intentions. Il n’est pas impossible que je présente ma candidature.

Quelle attitude faut-il adopter avec le Front national, puisqu’à l’UMP, certains estiment qu’il faut dialoguer et même aller plus loin avec le parti présidé par Marine Le Pen ?
En ce qui me concerne, je ne suis absolument pas favorable au dialogue avec les structures dirigeantes du Front national, un parti dont je ne partage pas les idées. En revanche, il y a une vraie question posée non seulement à la droite, mais également à la gauche.

Laquelle ?
Il faut essayer de savoir pourquoi autant de Français ont voté pour le Front national.

Marine Le Pen estime qu’il s’agit d’un vote de conviction, et non de contestation…
Je ne partage pas son point de vue, même si on peut forcément trouver parmi l’électorat frontiste des gens qui adhèrent aux thèses du parti. Mais si ce pourcentage existe, il est infime. Je suis personnellement convaincue que le vote pour le Front national est un vote de contestation, un vote de désespoir. Les gens sont inquiets, en colère, et ils vont voter pour l’extrême droite.

Faites-vous le même constat pour le vote d’extrême gauche ?
Absolument. Les responsables politiques ne peuvent pas faire l’économie d’une réflexion sur le vote extrême. D’ailleurs, il y a quelque chose qui m’interpelle et que je ne parviens pas à comprendre. Si un éventuel accord entre la droite et le Front national est évoqué, beaucoup de gens crient au scandale. En revanche, quand les socialistes s’affichent plus ou moins ouvertement avec le Front de gauche de M. Jean-Luc Mélenchon, personne ou presque ne s’en offusque. Or, quand j’entends la violence des propos tenus par M. Mélenchon, et son attitude agressive, honnêtement, cela fait froid dans le dos. Et très sincèrement, je me demande parfois s’il n’est pas encore pire que le Front national !

Le couple franco-allemand, ciment de la structure européenne, est-il en crise ?
Je suis profondément européenne. Et mon parti se positionne très clairement dans l’héritage de Robert Schuman, un des pères fondateurs de la construction européenne. Or, il est absolument incontournable que la paix en Europe repose sur l’axe franco-allemand. Et cette alliance a été portée en France par de grands hommes d’État, qu’ils soient de droite comme de gauche. Il me semble donc que François Hollande joue avec le feu. Ses récentes déclarations et son attitude fragilisent les relations franco-allemandes. Sans l’Europe, la France ne parviendra pas à avancer. Mais je sais aussi qu’économiquement, les choses vont finir par s’imposer naturellement à François Hollande. Il sera très vite rattrapé par la réalité, et il ne pourra pas longtemps mettre en danger la relation franco-allemande….

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A propos de l'auteur

Créé en 2001, le PCD est présent dans plus de 75 délégations à travers toute la France pour remettre l'homme au cœur des décisions politiques.