PCD | Parti Chrétien-Démocrate

Discours de Lyon : bioéthique, recherche et société

PCD 25 juin 2011

Christine Boutin était aujourd’hui à Lyon au CTI- Cell Therapy Institute pour son premier déplacement de campagne sur le thème de la bioéthique. Elle a rencontré Nico Forraz, fondateur du laboratoire et le Professeur Mc Guckin.

Elle s’est exprimée devant la presse sur sa vision de la science et de la recherche.

Mes chers amis,

Je suis plus qu’heureuse d’être ici devant vous, au CTI, cet admirable Institut de Recherche en thérapie cellulaire, en ce début de campagne. Parce que cette campagne, je l’espère, nous amènera plus loin que des résultats chiffrés : je voudrais qu’elle nous amène à nous réinterroger, tous ensemble, sur nos fondamentaux c’est-à-dire sur les règles communes que nous choisissons ensemble.

Je suis ici avec vous pour évoquer les questions de science et de recherche. Il s’agit, ni plus ni moins, de savoir ce qui nous fait humain et de voir les limites que nous sommes capables de nous imposer dans la manipulation du vivant.

La recherche en la matière fait, presque chaque jour, des bonds immenses : on a appris ainsi, il y a moins d’une semaine, que ce sont des équipes de recherches françaises, de Marseille et de Montpellier, qui ont permis à des souris amnésiques de retrouver la mémoire grâce à une greffe de cellules souches humaines. Immense espoir pour les malades d’Alzheimer !

D’autant plus que ces cellules ont été obtenues de manière parfaitement conforme à l’éthique de base, c’est-à-dire sans destruction d’embryon. Une fois encore, cet exemple coupe l’herbe sous le pied des promoteurs d’un certain type de recherche, indûment présentée comme incontournable.

Pour pratiquer cette recherche sur les embryons, on nous parle de la nécessité de « faire évoluer le droit avec la société française. » Mais non ! Ce raisonnement est une absurdité qu’aucun politique, sauf à faire de la démagogie de la pire espèce, ne peut admettre.

L’histoire nous montre que lorsque l’on a tenu de tels raisonnements, ça a presque toujours été au détriment des plus faibles. Au moment de la révolution industrielle, on a fait « évoluer le droit », et c’était pour asservir plus encore les travailleurs, les empêcher de s’associer pour se défendre et les faire travailler toujours plus, que ce soit pour la quête d’un Progrès matériel ou surtout pour le confort de quelques-uns.

Au cours du siècle dernier, je ne vous ferai pas l’injure de vous rappeler quels furent les promoteurs, ici et ailleurs, de « l’évolution du droit » et quelles sociétés furent expérimentées au nom de cette logique !

Définitivement, je refuse cette légèreté politique qui flatte les instincts barbares : nous ne sommes pas d’une civilisation où la fin justifie les moyens.

Non, décidément, même pour guérir d’atroces maladies, remédier à de terrifiantes pathologies, ou sauver des vies humaines, nous ne sommes pas prêts à en sacrifier d’autres. Car nous savons quelles seront, quelles sont déjà, celle qui seront sacrifiées : les plus faibles, les plus fragiles, les plus silencieuses.

Je refuse ce nouveau biopouvoir où il suffit de dénier à l’humain son humanité pour pouvoir l’utiliser sans vergogne comme un matériau quelconque.

J’entends les souffrances des malades. Je comprends l’envie et l’impatience des chercheurs, et personne ne peut se prévaloir de leur faire une leçon d’éthique.

Mais le rôle du politique est de dire le droit et de faire la loi. En ce domaine, comme pour d’autres questions, je crois surtout qu’il n’y a jamais de fatalité.

On nous dit : mais le retard technologique sur le reste du monde ? Je récuse ce libéralisme concurrentiel appliqué à l’humain. Et c’est la gauche, le plus souvent – elle qui fait profession de s’opposer à la société de performance et de concurrence – qui incite à se jeter corps et âme dans cette course sans fin !

Si retard scientifique nous avons pris, c’est plutôt sur le Japon par exemple où depuis cinq ans on a jeté les bases d’une autre recherche, qui fait l’économie de l’usage de l’embryon. Si retard scientifique il y a, c’est surtout lorsque nos choix financiers freinent les recherches éthiques et favorisent d’autres voies.

Il n’y a jamais une seule solution, qui soit la destruction de l’humain ! Ce raisonnement d’esclavagiste a été cent fois démonté au cours de l’histoire, et il est en train de l’être aujourd’hui. Une fois encore. L’avenir donnera raison, l’histoire donnera raison, à ceux qui auront su résister aux sirènes de la rentabilité immédiate et de la facilité. Le politique n’a jamais à céder à des intérêts particuliers, et certainement pas à l’intérêt de grands laboratoires qui attendent leur retour sur investissement.

Moi, face à ça, comme Balzac, je peux dire que « je fais partie de cette opposition qui s’appelle la vie ».

Ici au CTI, depuis bientôt trois ans, vous avez fait un choix audacieux, un choix en apparence à contre-courant : pratiquer la recherche sur les cellules souches dans un cadre éthique, qui exclut justement la destruction des embryons. Je ne peux que vous en féliciter. Vous êtes l’honneur de la science contemporaine.

Il y a quelques jours, le Président de la République, traçant les perspectives du grand emprunt a insisté sur les investissements d’avenir, et notamment sur la recherche. Belle ambition. Pourtant, nulle part n’ont été précisés les fondements de cette recherche. Pour ma part, je ne peux croire que la recherche puisse jamais faire l’économie de choix moraux.

Ici au CTI, vous cherchez, vous découvrez, vous trouvez, vous appliquez, mais aussi vous formez et vous enseignez : vous investissez déjà sur l’avenir.

Vous voyant, ici, je reconnais l’immense capacité de générosité du peuple français : si quelque chose est inscrit dans les gènes de la France, c’est cette humanité qui toujours l’a fait se pencher sur le sort du plus faible, qui toujours lui a fait considérer le bien commun par dessus toute chose.

Aujourd’hui, le monde de la recherche scientifique atteint des points culminants : proches des sommets, nous sommes sur cette crête où il nous faut choisir ou d’aller plus haut ou de céder aux vertiges du gouffre.

Pour ma part, je m’engage, pleine de confiance dans le génie humain, dans le génie français, à nous emmener plus haut. Pour le quinquennat devant nous, je m’engage à aider au développement des recherches ô combien prometteuses sur le sang de cordon ou sur la reprogrammation des cellules IPs.

Soyons clairs, j’en ai eu la confirmation explicite par certains chercheurs : si aujourd’hui la France s’est lancée dans la conception de « bébé-médicament », c’est parce que la voie éthique des banques de sang de cordon n’était pas ouverte… on a donc privilégié un choix de gestion de court terme, en oubliant qu’un être humain n’avait pas de prix. Je crois pour ma part que les logiques de court terme doivent désormais être rejetées.

C’est d’ailleurs cette conviction qui me permet de faire le lien entre les questions de bioéthique et les questions plus générales et diversifiées dont nous allons débattre pendant  cette campagne.

Je crois que la crise financière nous a ouvert les yeux sur les logiques économiques de court terme, comme des crises écologiques avaient pu nous faire prendre conscience de l’urgence de cesser de tout considérer comme une marchandise.

C’est bien là le sens de l’histoire, c’est le chemin de l’humanité. La voie française en politique n’a jamais été celle du reniement de nos valeurs. En économie, comme pour les questions éthiques, comme pour les questions sociales ou environnementales, nous devons sortir du rêve de la toute puissance, de l’utopie d’un monde sans limites, de la légèreté politique qui consiste à laisser croire que l’on peut construire une société unie sans avoir quelques règles communes.

Allons au fond du sujet : si certains chercheurs courent après des gloires médiatiques contestables c’est aussi parce que toute l’organisation de notre recherche est basée sur une stricte logique comptable. Pour moi, mettre les chercheurs dans les bonnes conditions pour devenir des « trouveurs », c’est aussi les extraire de la situation actuelle : pression administrative d’une part et pression financière d’autre part… tout ce qu’il faut pour empêcher de prendre de la hauteur ! Combien ai-je rencontré de chercheurs qui me disent : « je passe mon temps à rendre des comptes et à remplir des formulaires administratifs ! je passe mon temps à le perdre, je passe mon temps à quantifier alors que je devrais être tendu sur une recherche de qualité ». Au fond des choses, c’est notre petite logique comptable qui provoque la rupture éthique, comme c’est la quête du profit sans limites qui provoque les injustices et comme c’est l’idée d’une société sans âme et sans valeurs qui provoque la désespérance actuelle.

Je veux une nouvelle politique pour la recherche qui associe l’exigence de résultats, le sens des limites éthiques et la conviction que l’on doit redonner à nos équipes le temps du travail bien fait.

Le temps de l’individualisme, c’est celui où l’on n’accepte aucune limite venue des autres. C’est celui qui nous a menés à la crise financière ; c’est celui qui nous a menés à la dislocation de tous nos repères ; c’est celui de la fin de la transmission. Je crois que ce temps est derrière nous. Ma candidature est celle de la fin de l’individualisme, c’est le temps des liens, le temps du respect des personnes, le temps où la société n’est pas construite sur le chacun pour soi, le temps de la réhabilitation des limites, du droit et du primat de la politique sur l’économique.

Je n’oublie pas les contraintes qui sont les nôtres en termes de gestion publique. Il ne s’agit pas de les négliger, ni de penser que l’on peut continuer à transmettre une dette pharamineuse aux générations qui viennent. Mais je crois que nous marchons sur la tête : d’un côté, nous accumulons les dépenses passives, de l’autre nous mettons la pression sur ceux qui créent notre avenir. Je propose pour ma part de remettre nos choix en adéquation avec nos valeurs : nous devons réduire nos dépenses mais nous devons aussi assumer l’effort de recherche pour la sortir des logiques mortifères. Les crises sanitaires actuelles nous démontrent, s’il en était besoin, que la confusion entre profit et santé est toujours ce qui est le plus coûteux !

Pendant cette campagne, je veux mettre « la France au cœur ». Je veux montrer que nous pouvons résister, transmettre et construire. Il y a un chemin lorsque l’on cesse de renier ses valeurs. Je vous félicite encore, et je vous remercie de faire chaque jour la démonstration que notre espérance n’est pas vaine.

(seul le prononcé fait foi)

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A propos de l'auteur

Créé en 2001, le PCD est présent dans plus de 75 délégations à travers toute la France pour remettre l'homme au cœur des décisions politiques.