PCD | Parti Chrétien-Démocrate

Garde à vue : « J’ai décidé de porter plainte »

PCD 31 mai 2013

Manif pour tous. Matthieu Colombani, délégué général du Parti chrétien-démocrate (présidé par Christine Boutin), a passé près de 24 heures en garde à vue. Propos recueillis par « Valeurs actuelles ».

Le samedi 25 mai, je me promenais sur les Champs-Elysées durant la soirée avant de rejoindre les veilleurs. Aux alentours de 21h15, je croise Luca Volontè [président de groupe PPE à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe ; NDLR] accompagné de Loïc Lafayette, l’un des cadres de la Manif pour tous. Nous décidons d’observer le rassemblement de jeunes de la Manif et les mouvements des forces de l’ordre.

Aux alentours de 22 heures, alors que nous étions à proximité de l’enseigne Louis Vuitton, deux CRS me prennent par le bras en me disant : « Vous portez le sweat de la Manif, on vous interpelle ». C’est donc entouré de deux CRS que j’ai descendu les Champs-Elysées jusqu’au car de police stationné bien plus bas.

Nous étions plus d’une cinquantaine à nous retrouver en état d’arrestation, interpellés chacun à des endroits différents et dans des situations bien différentes. Notre seul point commun : le port de l’emblème de la Manif ou un soutien affiché au rassemblement des jeunes.

Les forces de l’ordre nous conduisent alors au commissariat du XVIIIe arrondissement, rue de l’Evangile – bien connu, désormais, au sein de nos troupes. Dans la cour du commissariat, un premier groupe est appelé nominativement par un gradé. De 23 heures à 2 heures du matin, nous sommes ainsi restés dans la Cour sans connaître le motif juridique de notre arrestation, ni le devenir de cette interpellation. C’est pour nous l’occasion, malgré quelques intimidations d’agents de police, de monter une veillée pour tous, d’entonner les slogans de la Manif et de souder notre groupe. Certains agents de police n’hésitent pas à nous provoquer ou à nous démontrer qu’ils ne nous feront pas de « cadeaux ».

Moi qui étais arrivé sur les Champs-Elysées seul, je me fais, en l’espace de quelques minutes, plusieurs amis avec qui j’allais vivre l’un des moments les plus marquants de ma vie.

A 2 heures du matin, je passe devant un officier de police judiciaire qui me notifie ma garde à vue et les droits attenant : appel à un avocat, à un membre de ma famille, droit de voir un médecin. Quelle n’est pas ma surprise d’apprendre que je suis en garde à vue, 4 heures après mon arrestation ! Et cela en toute violation des principes élémentaires du code de procédure pénale.

Durant cette audition, je récuse le motif d’arrestation « non dispersion après deux sommations ». Je rappelle ici que lors de mon interpellation, j’étais avec Luca Volontè et Loïc Lafayette à plusieurs centaines de mètres du rassemblement de jeunes, que nous observions les différents mouvements, et que le CRS en me saisissant le bras m’indiqua : « Vous portez le sweat de la Manif, on vous arrête ». Je récuse donc l’ensemble du procès-verbal : l’heure d’arrestation, son motif, et je saisis de suite mon avocat.

Nous sommes donc rassemblés dans une cellule collective. Durant la fouille, les procédures d’usage sont exécutées froidement par les forces de l’ordre : retrait des bijoux, du téléphone, de la ceinture, des lacets et du cordon du sweat de la Manif…

Les premiers moments dans la cellule sont l’occasion d’échanger ensemble sur les conditions de nos arrestations ainsi que sur nos réactions. Mais, très vite, la fatigue a raison de nous et nous nous endormons comme nous nous le pouvons : assis ou allongés par terre… A plusieurs reprises, certains d’entre nous sont appelés afin d’être transférés dans d’autres commissariats : bientôt, nous ne sommes plus que six.

Au petit matin, nous avons droit à une canette de jus d’orange.

Les comportements des agents de police étaient très variables selon leur âge et leur grade. Alors que certains d’entre eux n’hésitaient pas à nous menacer « d’outrage à agent », à nous humilier par des allusions à notre éducation ou nos lieux de naissance (« Ah, encore un Versaillais, y a que ça ici ! »), à notre formation (« Vous êtes juriste ? Dites plutôt que vous êtes à la fac de droit parce que des juristes en garde à vu, ça démontre bien votre niveau pitoyable »), d’autres plaisantaient avec nous et nous apportaient discrètement leur soutien.

Je suis appelé vers 10 heures du matin : « Colombani, venez, c’est moi qui vais m’occuper de vous ». Je suis menotté dans le dos ; avec deux autres codétenus, nous sommes transférés, sirène hurlante à travers les rues de Paris, dans le commissariat du XXe.

La cellule de garde à vue, plus ancienne, est sale : traces de sang sur les murs, odeur de vomi, et une saleté ambiante donnent à ce lieu un caractère moins propice à la plaisanterie que la première de la rue de l’Evangile.

Nous sommes 4 garçons. A côté, une jeune femme du mouvement est seule dans une cellule encore plus dégradée comportant des toilettes « à la turc » et, dans une troisième cellule, deux jeunes femmes, du mouvement elles aussi.

L’ agent de police nous accueille avec ces mots : « Vous savez, moi j’ai des ordres, je les exécute. Si vous êtes là c’est qu’il y a des raisons, le reste ne me regarde pas. Si j’ai un uniforme, c’est pour exécuter ».

Aux alentours de midi, je suis appelé pour les procédures d’usage : photos (de face, de profil, de trois quart), prise des empreintes, état civil, et le nom de mes parents me sont demandés.

Une heure plus tard, je peux voir mon avocat et m’entretenir avec lui. Puis c’est l’audition devant l’OPJ. Bien que courtoise et cordiale, elle ne peut s’empêcher de déformer à plusieurs reprises mes propos ou de montrer de manière ostensible qu’elle ne croit pas en la sincérité de mon témoignage.

Je retourne ensuite en cellule. Avec mes codétenus, nous décidons de reprendre les chants de la Manif ou quelques chants scouts. C’est alors qu’une agent de police, à travers la vitre de notre cellule, nous reprend en disant que nous sommes là pour avoir troublé l’ordre public, que nous sommes en garde à vue avec des sanctions pénales éventuelles à la clé et que nous ferions mieux de rester tranquilles.

Je lui réponds que, si nous avons été interpellés, c’est pour des raisons politiques. Nous sommes les détenus politiques d’un gouvernement qui veut étouffer notre contestation. « Non, vous êtes là parce que vous êtes des délinquants, voilà tout. Moi, je ne fais pas de politique, et je respecte l’ordre établi, pas vous, sinon vous ne seriez pas là. Vous êtes en garde à vue, c’est que vous l’avez mérité. Point. Vous êtes désormais entre les mains de la justice ».

Ne souhaitant pas envenimer la situation, je ne réponds pas. Mais cet échange démontre le manque de discernement de certains agents de force de l’ordre.

Pour passer le temps, avec mes compagnons de cellule, nous avons alterné chants scouts, échanges sur l’avenir du mouvement, sieste… Nous avons même pu improviser une partie de foot avec deux tracts de la Manif formant une petite boule.

Aux alentours de 21 heures, un gradé est venu nous apporter son soutien : « Bravo les jeunes, c’est beau ce que vous faites. Continuez ! Nous avons des ordres de faire du chiffre alors faites un peu attention à vous, mais ne lâchez rien ». Quelques minutes plus tard, nous étions dehors.

Au regard de ces éléments, j’ai décidé de porter plainte pour arrestation arbitraire et séquestration. Je pense aussi à l’ensemble de mes camarades interpellés pour les mêmes raisons au cours de ces dernières semaines. On ne lâchera jamais !

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A propos de l'auteur

Créé en 2001, le PCD est présent dans plus de 75 délégations à travers toute la France pour remettre l'homme au cœur des décisions politiques.