PCD | Parti Chrétien-Démocrate

Il faut réglementer les écarts entre revenus et taxer la rapidité des opérations boursières

PCD 25 août 2011

Pour Christine Boutin, présidente du Parti chrétien-démocrate, la lutte contre la crise de la dette passe d’abord par des décisions politiques et des mesures fortes adoptées au niveau européen. (Interview dans le journal La Croix du 12 août 2011).

On a appris ce matin que la  croissance  française avait été nulle au 2e  trimestre. Faut-il revoir en conséquence les perspectives de croissance à la baisse ?

On ne peut naturellement pas se réjouir d’une croissance molle. Mais revoir les perspectives à la baisse serait un signal très négatif. Or tous les équilibres actuels dépendent de la confiance.

La semaine a été marquée par une accentuation de la crise de la dette, obligeant tous les gouvernements à réduire leurs déficits. Comment analysez-vous cette situation ?

Le travail que j’ai fait sur la mondialisation (1) m’a amenée à rencontrer des économistes de droite et de gauche, nationaux et internationaux, et j’ai alors été frappée par leur unanimité à prédire qu’une crise financière et boursière était inéluctable.

Aujourd’hui, nous y sommes, et ce qui nous arrive remet profondément en cause le système dans lequel nous vivons et qui est à bout de souffle. Face à cela, à court terme, il faut avant tout que le politique reprenne la main, que les chefs d’État européens se réunissent pour annoncer des mesures fortes.

Quelles sont les mesures urgentes à prendre selon vous ?

Au plan national, il faudrait que chaque État définisse l’écart de richesse acceptable. Il n’est pas tolérable qu’un ouvrier gagne 980 € par mois alors que les chefs de grandes entreprises ont des millions d’euros, ou que les entreprises du CAC 40 paient 8 % d’impôts alors que les PME sont redevables de 30 %. Selon moi, l’écart entre les plus pauvres et les plus riches devrait être de 1 à 20 ou de 1 à 30 tout au plus.

Et au plan international ?

Je suis favorable à une taxation fondée sur la rapidité des opérations boursières : plus elles seraient rapides, plus elles seraient taxées. Car on sait que ce type d’opérations n’a aucune finalité, si ce n’est la spéculation.

Au plan européen, il y a urgence à mener une grande réforme fiscale et à décider l’attribution d’une allocation universelle qui serait versée à chaque personne de la naissance à la mort, du seul fait qu’elle existe, et qui représente l’assurance pour tout être humain de ne jamais tomber dans l’extrême précarité.

Le gouvernement a exclu toute hausse d’impôt. Cela vous paraît-il réaliste ?

Mais la suppression annoncée de certaines niches fiscales revient, de fait, à une hausse d’impôts ! Je n’y suis pas hostile, à condition que cela ne lèse pas un peu plus les Français qui sont en difficulté. Supprimer l’avantage fiscal accordé pour la garde d’enfants, par exemple, me semble totalement inadéquat, avec le risque de supprimer des emplois, d’augmenter le travail au noir, alors qu’il n’y a pas assez de places en crèche.

Seriez-vous favorable à ce que l’on demande une nouvelle contribution aux plus hauts revenus ?

Cela relèverait davantage de l’affichage politique que d’une mesure de fond, selon moi. Parce que cela ne rapporterait pas énormément et pourrait avoir des incidences indirectes, comme d’encourager le départ à l’étranger des plus gros revenus. Il vaut mieux être beaucoup plus radical et travailler sur l’écart entre les revenus.

Que pensez-vous de la décision annoncée de maintenir la TVA à 5,5 % dans la restauration ?

Politiquement, il est compliqué de revenir sur une telle mesure, dont les résultats sont très contrastés. Et puis les Français n’ont pas beaucoup d’occasions de se faire plaisir aujourd’hui, ils aiment bien manger, ne risquons pas de renchérir le coût de ce petit plaisir !

Vous appelez à voter la règle d’or ?

Sur le principe, l’idée de s’astreindre à avoir des comptes publics à l’équilibre est excellente ! Mais il est tout de même dommage qu’il faille en passer par une procédure si formalisée pour y arriver… On devrait être suffisamment raisonnable pour y arriver sans qu’il faille l’imposer. Cela dit, si j’étais députée, je voterais cette règle naturellement, car il s’agit d’un signal fort.

(1) 17 propositions pour une mondialisation plus sociale, décembre 2010

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A propos de l'auteur

Créé en 2001, le PCD est présent dans plus de 75 délégations à travers toute la France pour remettre l'homme au cœur des décisions politiques.