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Inverser la courbe de l’euro

PCD 12 février 2014

euroNous vous invitons à retrouver ci-après la tribune de Franck Margain, co-écrite avec Charles Emminger, directeur financier, parue dans Les Echos en date du 11 février 2014. Ceux-ci veulent nous exposer une vision nouvelle avec la volonté de réconcilier les Français avec l’Europe et l’euro en soulignant, en particulier, les différentes possibilités d’exercer notre souveraineté au sein de la politique monétaire :

« La croissance de la zone euro est une des plus faibles du monde, (-0,4% en 2013) mais l’euro s’est apprécié, face au dollar, de plus de 10 % depuis dix-huit mois. L’Europe subit les effets d’une réduction de ses déficits publics à marche forcée, qu’aucun pays dans le monde n’a connue sans dépréciation de sa monnaie.

Entre 1992 et 1997, la Suède voit passer son déficit public de 10% du PIB à moins de 3%, mais dans le même temps la couronne suédoise dévisse de 25% par rapport au Deutsche Mark. Même phénomène au Canada, où la baisse du dollar canadien de 25% (face au dollar américain) entre 1991 et 1995 accompagne une réduction spectaculaire du déficit public.

Rien de tel en zone euro. On n’y pratique, pour redresser la compétitivité, que des « dévaluations internes » : baisse des salaires, baisse des cotisations financée par la TVA « sociale », une mesure dont la traduction en allemand est précisément dévaluation fiscale. Ce que les économies de la France ou du Sud de l’Europe regagnent ainsi en compétitivité face à l’Allemagne, elles le perdent par une hausse de l’euro sur les marchés internationaux.

C’est Sisyphe remontant son rocher.

Que faire ? Le traité de Maastricht (repris dans le Traité de Lisbonne) donne des éléments de réponse. Il prévoit que ce sont les Etats, lorsqu’ils le jugent utile, qui peuvent donner pour l’euro des orientations générales en termes de politique de change. C’était déjà la tradition allemande : la politique de change n’a jamais été une prérogative de la Bundesbank. Il suffit de se rappeler la création du SME en 1979 par Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt, malgré l’opinion de cette dernière sur certains de ses aspects essentiels.

Le mécanisme prévu par le Traité est décrit dans l’article 219 : il nécessite que la décision, prise sur proposition de la Commission ou de la BCE, après avis de la BCE, soit adoptée à la majorité qualifiée des Etats-membres de la zone.

Il n’est pas du tout certain que l’Allemagne soit favorable à une telle décision. L’euro fort ne la gêne guère, du fait des caractéristiques de ses exportations, peu sensibles aux prix. En outre, elle est par principe peu favorable à des interventions sur le marché des changes. La majorité qualifiée étant définie par le seuil de 55% des voix représentant au moins 45% des Etats, l’appui de l’Allemagne, même s’il est diplomatiquement souhaitable, n’est pas indispensable, pourvu que les pays du Sud, principales victimes de l’euro fort, fassent entendre leurs voix.

En cas de vote positif, que se passerait-il ? Dans un premier temps, la volonté de revenir à un niveau plus raisonnable pour l’euro, tant que dure la stagnation de la zone, deviendrait une politique officielle. Des déclarations ne suffiraient sans doute pas, même si elles auraient l’avantage d’orienter les décisions des investisseurs, voire des spéculateurs. La zone euro présente un tel excédent de sa balance courante (de l’ordre de 2% du PIB, soit 200 milliards d’euros) que l’intervention de la BCE sur les marchés serait probablement nécessaire ; en tous cas sa menace devrait être crédible.

Le risque d’inflation, souvent agité par les opposants à une telle politique, ne peut être sérieusement invoqué dans le contexte de baisse des prix que nous connaissons. Sur le plan économique, parce que les capacités de production sont sous employées, sur le plan monétaire parce que la BCE dispose de moyens techniques pour gérer la liquidité bancaire.

La zone euro se trouverait donc, temporairement, dans la même situation que la Suisse, ou que la Chine, à la différence près que rien ne l’obligerait à fixer un objectif chiffré pour le niveau de l’euro. En acceptant une augmentation des réserves de change de la BCE, le temps de consolider la reprise, les pays de la zone auraient les moyens de favoriser cette reprise.

La baisse de l’euro aurait bien sûr ses perdants : retraités amateurs de vacances à l’étranger, consommateurs d’énergie fossile, mais elle redonnerait un espoir aux forces vives du pays, en arbitrant clairement en faveur de la production.

Enfin, cette mesure aurait une vertu politique : réconcilier les pro et les anti-euro, en montrant que la souveraineté, abandonnée par le peuple français en 1992, peut effectivement être exercée en commun, dans l’intérêt des peuples. Ce serait une première. Pour l’Europe, ce serait l’occasion de prouver qu’elle a pour objectif la croissance, et non pas seulement la stabilité, qui n’a jamais fait rêver personne.

La situation de notre pays est grave.

Peut-on se contenter d’appliquer les recettes qui étaient celles de Pierre Laval dans les années 30 ? Il avait diminué de 10% les salaires des fonctionnaires pour ne pas dévaluer le franc par rapport à l’or.

Peut-on se contenter d’affirmer qu’on ne peut rien face aux marchés ? La zone euro serait-elle moins habile à les maîtriser que la Suisse ?

Peut-on se contenter d’attendre l’accord de l’Allemagne ? Sur ce thème, ses intérêts ne sont pas les nôtres, n’en faisons pas un drame, défendons les intérêts de la France avant de penser à ceux des autres et l’Europe ne s’en portera que mieux. »

A retrouver dans les Echos en cliquant ici

A lire aussi sur le site de Franck Margain en cliquant ici

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A propos de l'auteur

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