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« Jamais sans la religion ! » : Tribune de Christine Boutin dans Le Figaro

PCD 1 décembre 2011

La présidente du Parti chrétien-démocrate insiste sur l’importance du respect de toutes les religions dans l’espace public.

Inutile de se voiler la face. Les attaques frontales ou insidieuses contre le christianisme se multiplient en France dans l’espace public. Expositions d’art contemporain, pièces de théâtre, dérision télévisuelle : à des degrés divers, et parfois sous couvert d’alibis artistiques habiles, je constate un acharnement à ridiculiser, marginaliser voire travestir la personne du Christ et son message. Comme catholique, cela me blesse. Comme responsable politique, défendant la dignité de toute personne et le respect des consciences, je trouve scandaleux que les pouvoirs publics non seulement ne soient pas capables de considérer qu’il y a là une atteinte grave à l’ordre public, mais se rendent même complices, par le biais de subventions ou de déclarations, de ce mépris affiché de la religion d’une majorité de Français.

Je constate aussi, par mes contacts avec des amis juifs et musulmans, que les croyants des autres religions ressentent de leur côté la moquerie et l’ostracisme qui s’attachent à leur référence à Dieu. Tout se passe comme si la laïcité, dans notre pays, consistait non pas à faire respecter toutes les religions sur pied d’égalité dans l’espace public, mais à les égaliser toutes dans un même mépris, au nom d’une vision du monde où Dieu n’a pas sa place, où la mort possède le dernier mot de tout et la morale commune … pas de mot du tout.

Face à la multiplication des attaques et à cette « religiophobie » grandissante, je réprouve toute riposte qui prendrait forme de violence. Mais je refuse une laïcité qui se prend pour Dieu le Père et coupe les ailes à ce qui la dépasse. « Sans le mystère, écrivait le philosophe Gabriel Marcel, le monde serait irrespirable ».

La laïcité, cela signifie que ce ne sont pas les clercs qui dirigent l’Etat. C’est une distinction des ordres et des pouvoirs, de la raison et de la foi, des responsables religieux et des responsables publics. Ce n’est pas une situation où la religion est absente ou sans protection dans l’espace public. L’homme n’est pas une île. Toute personne a une dimension sociale. S’acharner à reléguer le religieux aux marges ou le traiter comme une maladie honteuse, c’est nier une dimension essentielle de la personne humaine.

Dans l’histoire des hommes, pas une civilisation n’a existé ni duré sans religion. Les travaux d’un Mircea Eliade ont brillamment montré cette permanence. Mieux : la dimension religieuse a toujours été structurante pour la vie des sociétés. Qu’on se souvienne de la Grèce et de la Rome antiques, dont la civilisation européenne a recueilli l’héritage. Chez les Grecs, en particulier, la leçon de la petite Antigone se réclamant face à Créon des « lois non écrites de la conscience » est une leçon pour tous les siècles.

Notre pays a été structuré par quinze siècles de judéo-christianisme. Que la place centrale de l’Eglise ait pu conduire celle-ci, à tels moments de l’histoire, à abuser de sa position au mépris du message de simplicité et de liberté de l’Evangile, soit. Mais je ne vois pas pourquoi il faudrait faire payer aux Français d’aujourd’hui les erreurs de certains de leurs ancêtres, ni pourquoi il faudrait ignorer, au nom de ces erreurs, l’immense capital de charité, de beauté, de justice dont a bénéficié et bénéficie la France grâce aux retombées de la foi. La religion chrétienne a pour principe de « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Rien qui puisse inquiéter ceux qui tiennent, à juste titre, à l’indépendance de l’Etat.

Pour  l’islam, dont la tradition n’opère pas cette distinction du spirituel et du temporel, il est naturel que la République exige de ses fidèles le respect du corpus juridique français. Mais autant il est légitime que la France fasse respecter la laïcité de ses lois et de ses coutumes, autant il est inacceptable d’ironiser sur l’attitude des croyants, voire de les mépriser parce que croyants.

La vraie raison, peu glorieuse, de cet ostracisme à l’égard de la religion ne tiendrait-elle pas au fait que celle-ci résiste au « politiquement correct » ? Toute religion a des conséquences morales. La plupart des religions prêchent des vertus violemment combattues aujourd’hui : le respect de la vie, la maîtrise de soi, la considération d’autrui, le choix, pour les puissants, de réfréner leurs appétits afin de ne pas écraser les petits et les faibles. Le libéralisme libertaire, qui a pour but de jouir sans entraves et de soumettre au diktat de l’argent l’ensemble des activités humaines, s’est lové comme un ver dans les rouages de l’Etat. Les religions sont le caillou (et quel caillou !) dans sa chaussure.  D’où la férocité des attaques.

Mais la crise économique et morale inouïe où nous sommes entrés interdit de se résigner à cette situation. On ne peut pas vivre sans espérance, nos concitoyens le peuvent encore moins quand tout s’écroule autour d’eux. Le lien à Dieu est pour l’homme et la société l’ultime espace de liberté, celui que nul pouvoir humain n’a le droit de trancher. C’est aussi la base du lien entre les hommes, l’étymologie du mot « religion » le montre. Tout responsable politique digne de ce nom doit en tirer les conséquences.

Christine Boutin

Présidente du parti Chrétien Démocrate et candidate à l’élection présidentielle

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A propos de l'auteur

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