PCD | Parti Chrétien-Démocrate
Derniers articles

Matthieu Colombani et le PCD aujourd’hui

PCD 19 juillet 2013

Interview de Matthieu Colombani, Délégué Général du PCD sur Nouvel Arbitre.

Nous avons pour la plupart tous déjà entendu parler du Parti Chrétien-Démocrate, dit PCD. Christine Boutin, qui en fut longtemps la figure de proue, a décidé voilà peu de passer la main. Avec son engagement contre la loi Taubira et de la présentation de Franck Margain au primaire de l’UMP pour les municipales de Paris, le PCD a fait couler beaucoup d’encre ces derniers mois. Pour sortir de ces préjugés et mieux connaître ce parti politique unique en France, Nouvel Arbitre s’est entretenu avec Matthieu Colombani, Délégué Général du PCD.

Propos recueillis par Anne-Gaëlle Campredon

Nouvel Arbitre : Quel est le rôle du délégué général ?

Matthieu Colombani : « Coordonner l’animation du parti, c’est être le lien au quotidien entre les délégués départementaux qui sont au cœur de notre action et la direction du parti. Ce lien avec le terrain, la direction du parti ne l’a pas forcément puisqu’ils sont au rang de leaders nationaux. Mais ils ont un vrai besoin d’un retour de terrain avec la base militante. »

N.A. : Émergence du parti et en même temps une forme de déclin du parti avec certains propos de Christine Boutin. Est-ce que vous êtes un parti « béni oui-oui » ? Qu’est-ce que vous pensez de cette contradiction ?

M. C. :  Lorsque Christine Boutin Boutin et Jean-Frédéric Poisson créent le forum des républicains sociaux en 2002, ils souhaitent d’une part l’émergence d’une nouvelle génération en politique mais aussi l’arrivée d’une nouvelle manière de faire de la politique et de s’engager qui ne serait non plus vue comme un parcours professionnel (Science Po, ENA, Député puis Ministre…) mais l’engagement politique vu comme un service au profit de la personne humaine, au profit de sa dignité donc de sa conception à sa mort naturelle avec un renforcement de la famille et au service de la France et du Bien Commun. Aujourd’hui Christine Boutin a réussi à maintenir cette présence sur la scène politique. Force est de constater que ces 20 dernières années, elle a tenu le flambeau de ces valeurs là sur la scène politique (PACS, révision des lois de bioéthique …). Elle est la seule a avoir tenu bon sur le respect de la personne humaine et de la vie.

Citation 1A partir de là, il est certain qu’au PCD, nous défendons la civilisation judéo-chrétienne et la vision judéo-chrétienne de la personne humaine. Dans notre monde relativiste nous sommes aujourd’hui minoritaires. Nous l’avons bien vu ces derniers mois, certes le peuple de France s’est réveillé, mais il ne s’agit que d’une minorité de français. Toutefois cette France qui se lève, la France éternelle c‘est elle qui a construit durant toutes ces années, durant tous ces siècles la grandeur de la France, et aujourd’hui au PCD nous sommes un parti de résistants. C’est la raison pour laquelle nous nous considérons certes minoritaires mais nous devons affirmer cette vérité anthropologique sur la personne humaine. La vérité est clivante : c’est elle qui sépare l’ombre de la lumière. En contrepartie nous sommes caricaturés, moqués, mais n’est-ce pas là un nouveau type de violences envers nous ?

N. A. : Par rapport à ce nouveau type de violence, faut-il garder le côté pacifique à la Gandhi, bisounours et gentillet au risque d’avoir une sorte de martyr voulu et choisi ou faut-il passer à une forme de désobéissance civile moins pacifique, durcir le débat ?

M. C. : Contrairement à ce que dirait Manuel Valls [qui avait prétendu que les corses étaient intrinsèquement violents], la violence ne peut pas être dans mes gènes. Quand je parlais de vision chrétienne de l’homme, il y a le fait que chaque personne compte pour ce qu’elle est, il y a le pardon, le fait de redonner une chance à nos adversaires. Donc nous ne pouvons pas être pour la violence. Toutefois, nous considérons être en guerre. C’est une guerre larvée, une guerre sournoise, il ne faut pas attendre les chars demain dans Paris ou encore les bombardements. C’est une guerre idéologique. Ce qui se jour derrière et Mme Taubira l’a dit très justement : c’est « un choix de civilisation ». Est-ce que nous sommes une civilisation qui fait de l’homme la finalité de tout ou le vivre ensemble, l’équilibre dans les relations sociales prime sur la finance, sur l’égoïsme et sur la liberté absolue de l’individu ? Nous défendons cette vision de la société. La résistance doit s’exprimer de différents moyens et jusqu’au bout.

Quand nous voyons Nicolas – avec qui j’ai passé une nuit en garde à vue – actuellement en prison, il y a là un geste d’une violence extrême à notre égard. Quand des maires, tel le vice-président, affirment qu’ils n’appliqueront jamais la loi Taubira, c’est de la désobéissance civile qui peut aller jusqu’à la prison et de fortes peines d’amende. Lorsqu’on voit le Printemps François et les Hommen provoquer et affirmer sur chaque partie du territoire devant les activistes gays et lesbiens que la France ne cédera jamais et qu’elle ne se taira jamais, c’est une forme de violence. Mais il n’y a pas mort d’homme, il n’y a pas de saccages, il n’y a pas d’attaques physiques, mais il faut ce genre d’action. Il ne faut pas confondre le fait d’être pacifiques avec de la naïveté. Etre pacifique veut dire qu’on ne porte pas atteinte physiquement aux personnes, aux biens mais après nous ne devons rien lâcher, aucune parcelle de notre territoire. Nous serons partout et tout le temps parce que les valeurs que nous portons sont des valeurs éternelles alors que les valeurs que portent nos adversaires complaisent l’homme dans une liberté et un matérialisme de plaisir spontané et immédiat où l’homme ne peut pas trouver son bonheur.

N. A. : Vous parliez d’une nouvelle « forme de politique » avec l’émergence d’une jeune classe politique. Quelle est cette jeune classe politique ? Quelle tranche d’âge ? Les jeunes tels quels ou les quadras ? Est-ce qu’il y a pas une volonté de récupération politique de la fougue de la jeunesse.

M. C. : D’une part, ce mouvement de la manif et de ses satellites n’appartient à personne.Ce mouvement appartient à lui-même, c’est le peuple qui s’est levé donc personne ne l’a fait se lever. Il a fallu l’organiser, le canaliser. La force de ce mouvement c’est qu’il est avant tout un mouvement social et spontané. Personne ne pourra le récupérer. Aucune structure existante ou aucune nouvelle structure.

Ensuite, il ne faut pas se leurrer et le discours « gnan-gnan » de dire que ce peuple est apolitique et aconfessionel est un discours faux. C’est mensonger. Ce peuple c’est la « génération JMJ » qui s’est levé. Petite anecdote : l’autre jour j’ai dit à un de ces jeunes « c’est la génération Jean-Paul II », il m’a rétorqué « non moi c’est Benoît XVI ». J’ai compris que je devenais un peu vieux. Mais voilà, c’est la génération du divorce de masse, du chômage qui a reçu un enseignement, une solidité anthropologique et de Jean-Paul II et de Benoît XVI, de toutes les aumôneries inimaginables, et cette génération-là personne ne la fera taire. Citation 3Par contre, il faut bien comprendre qu’en démocratie tout se fait par le politique et tout est politique. Autrement dit, certes il y a des tentatives, la tentative éhontée de l’UMP et du FN de récupérer ce mouvement, prouve bien que beaucoup d’entre eux n’ont rien compris à ce mouvement. Ils considèrent le mouvement comme une contestation uniquement de la loi Taubira. Seulement c’est un vrai mouvement social, anthropologique et quasiment révolutionnaire. Nous souhaitons une autre société. Et puisque nous souhaitons une autre société, nous souhaitons aussi changer les personnes et je le dirais très clairement couper des têtes. Alors pas au sens physique mais il va falloir que certains hommes et femmes politiques n’ont plus leur place dans notre démocratie.

Quand des responsables disent qu’ils s’abstiennent par conviction, ces gens là n’ont plus leur place sur la scène politique. Et ce peuple va avoir pour mission de remplacer ces imposteurs. Ceux dont je parlais tout à l’heure qui font de la politique comme une carrière… Nous avons besoin d’homme et de femmes qui rendent un service, qui portent quelque chose qui nous dépasse. Toutefois il va falloir que les jeunes de ces mouvements comprennent que la politique est un chemin de patience. On ne devient pas élu du jour au lendemain. On devient élu parce qu’on a un ancrage local, connaître les commerçants, les associations, la politique territoriale, gérer un budget. Il importe que tous ceux qui se sont engagés s’engagent en politique. C’est l’unique moteur, raison qu’on fera une révolution : révolution institutionnelle, politique, sociale type 68 type 58. Mais cet engagement politique doit s’inscrire dans la patience. Parce que quand on campe le soir, quand on campe debout, quand on participe aux actions du Printemps Français ou les Hommen, ce n’est pas de la politique, mais de la contestation. La politique c’est au quotidien, dans sa rue, dans sa cage d’immeuble et ça prend énormément de temps. Un élu local pour qu’il ait une implantation locale ça lui prend 5, 8, 10 ans et dans les grandes villes ça peut aller jusqu’à 20 ans. Il faut s’engager dès à présent aux prochaines municipales pour au fur et à mesure regagner le pouvoir. »

N. A. : A propos de la « récupération » du FN », Marine Le Pen n’a pourtant pas appelé à manifester, elle n’est pas venue. Si Marion Maréchal Le Pen est venue c’est aussi parce qu’elle fait partie intégrante de cette jeunesse. N’y a-t-il pas une diabolisation du FN ?

M. C. : C’est contradictoire car on met en exergue le rôle de Marion Maréchal Le Pen qui a été exemplaire, bien plus que d’autres personnes, et en même temps la structure du FN n’a jamais appelé à manifester, à aucun moment. Le FN ne s’est, à aucun moment, mouillé sur cette question-là en tant que parti politique. Il suffit de voir les récentes déclarations de G. Collard sur la laïcité pour se rendre compte que le FN n’a aucune colonne vertébrale idéologique. Et d’ailleurs on sait très bien que le FN est de plus en plus infiltré par certaines communautés « philosophiques ». On sait qu’une bonne partie de son éléctorat est un électorat qui vient de la gauche et c’est une contradiction interne. Il est certain que Marion Maréchal Le Pen a une politique qui semble attrayante mais qui me semble isolée au sein de son parti.

N. A. : Qu’est ce que le PCD propose à tous les manifestants ?

M. C. : Notre message est très clair : la France ne peut pas s’éteindre. La chrétienté a fait la grandeur de la France, nous sommes les héritiers de 2 000 ans d’histoire.Nous sommes les héritiers d’Albert de Mun, de Frédéric Ozanam, de Léon Harmel ! Nous ne pouvons plus nous taire. La France est en train de se renier, de disparaître. Citation 4Entrer en résistance c’est très clair : nos ancêtres se sont levés pour défendre l’intégrité physique de la France parce que le territoire français était envahi ; aujourd’hui nous nous sommes levés pour défendre son intégrité morale et spirituelle. A partir de là ce que nous proposons aux jeunes qui nous rejoignent (grimpée en flèche de 55% d’adhérents), c’est de redresser le pays et que la France retrouve son essence et son âme. Et ça va passer par se présenter à des élections et chercher le pouvoir là où il se trouve.

N. A. : Est-ce que vous êtes un parti chrétien ?

M. C. : Non. Son nom ne dit pas ça : parti chrétien-démocrate. Nous nous revendiquons de la civilisation judéo-chrétienne et d’une vision judéo-chrétienne de l’homme et de la société. Nous avons en notre sein des athés et, force est de constater que la France est aujourd’hui un pays athé, mais également des membres d’autres religions. Toutefois ils partagent tous cette vision de l’Homme. Exclusivement, nous ne sommes pas un parti confessionnel mais force est de constater aussi que quand on nous rejoint, on nous rejoint pour les valeurs que l’on prône. Nous sommes un parti de conviction.

Une musulmane m’a dit « l’UMP n’a pas de programme, le FN ne fonde son engagement politique que par l’exclusion. Vous vous portez la voix éternelle de la France . » Quand on voit les différentes prises de position, nous sommes les derniers héritiers des pères fondateurs de l’Europe et l’on peut dire aujourd’hui sans vergogne, nous portons cette vision éternelle de la France et de l’homme. »

N. A. : Quelle est votre ligne politique d’opposition au gouvernement ?

M. C. : Nous avons face à nous une majorité socialiste et ses alliés qui porte une vision libérale et libertaire de la société. Nous ne voulons pas de cette destruction de l’Homme, de cette dictature du tout financier, de cette dictature de la liberté absolue de l’homme. Nous voulons construire une société durable. Celle de l’écologie humaine et c’est la raison pour laquelle notre ligne d’opposition se situe sur une fracture anthropologique.Citation 5 Le PCD est inclassable parce que sur les sujets sociétaux le respect de la vie, la promotion de la famille, nous sommes catalogués à droite et nous sommes les seuls – en tant que structure – à porter sur échiquier politique ces valeurs-là. Par contre, nous sommes pour des corps intermédiaires forts, nous sommes pour le partage de la richesse avec notamment un plafond de rémunération, pour un revenu universel de base, nous pensons que depuis l’abolition de la peine de mort, toute personne a pour vocation de sortir de prison. Or pour sortir de prison, il faut réintégrer, réinsérer la personne et là on nous dit que c’est un programme de gauche voire d’extrême gauche. Comme disait Renaud : « je ne sais pas si c’est être catho ou être coco, mais ce que je veux c’est être un vrai humain. » C’est ce qu’on essaie de faire au PCD.

Vous aimez cet article ? Partagez-le !

A propos de l'auteur

Créé en 2001, le PCD est présent dans plus de 75 délégations à travers toute la France pour remettre l'homme au cœur des décisions politiques.