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Portrait : Xavier Lemoine, la vigie du « 9-3″

PCD 1 décembre 2011

Maire de Montfermeil depuis dix ans, Xavier Lemoine constate, sur le terrain, la progression de l’islam en Seine-Saint-Denis. Et insiste sur les risques d’un communautarisme exacerbé. Rencontre avec un élu de convictions, attaché à « une certaine idée » de l’homme. et de la France.

 

« Naviguer est une activité qui ne convient pas aux imposteurs », disait Éric Tabarly. Xavier Lemoine a navigué pendant dix ans avant de poser son sac à Montfermeil. Dix années dans la marine marchande, le temps de connaître tous les bateaux (paquebots, cargos, bananiers, porte-conteneurs.) et d’achever un tour du monde et sa première vie à l’âge où tant d’hommes commencent à peine la leur. « J’avais 16 ans quand j’ai embarqué, précise-t-il, après une adolescence rebelle, parfois violente, et une scolarité chaotique : je refusais d’apprendre le « comment » tant qu’on ne m’avait pas expliqué le « pourquoi ». J’ai fréquenté l’école aussi longtemps que je n’ai pu m’en échapper. »

Sa chance fut de rencontrer sur le Mermoz, paquebot à destination des Antilles, un lieutenant qui avait commencé à naviguer avant guerre, à 14 ans, sur les bancs de Terre-Neuve. « Il m’a fait étudier chaque soir ce qu’il me fallait apprendre pour préparer ensuite le concours d’officier. » Une demi-heure de maths et de physique, une demi-heure de navigation.

Comment faire le point au sextant, mais aussi comment calculer sa position grâce à la trigonométrie sphérique. « C’est ce lieutenant qui m’a sauvé. »

De la mer de Barents jusqu’au cap de Bonne-Espérance, de Pointe-à-Pitre jusqu’à Manille, Xavier Lemoine a sillonné tous les océans pendant ces dix années, sauf le Pacifique. « J’ai fait toutes sortes de lignes. Je suis amoureux de l’Afrique et fasciné par les Indes. »À Dakar, il troque des cartons de bananes contre des caisses de vodka avec les marins d’étranges chalutiers russes. (« Tout le folklore soviétique de l’époque ! ») Il apprend à faire du patin à glace en Côte d’Ivoire. (« Il y avait une superbe patinoire à Abidjan. ») Il mène dans les ports la vie des marins sans attaches.

« Nous faisions relâche assez longtemps pour que je puisse visiter les villes où nous accostions : une semaine à Yokohama, quinze jours à Bangkok, un mois et demi au Cap. J’ai quitté la marine parce que les étapes étaient de plus en plus courtes. Nous devenions des chauffeurs de taxi. » Sur le pont, Xavier Lemoine n’a pas cultivé seulement son goût du voyage.

« On a le temps de méditer sur le pont d’un bateau »

C’est en mer que cet enfant de famille nombreuse, grandi dans l’Ouest parisien, a recouvré la foi et découvert son mode d’emploi politique : la doctrine sociale de l’Église, qui continue de guider son action. « J’ai lu les grandes encycliques, en commençant par celle de Jean- Paul II sur le sens du travail, Laborem exercens. J’étais allé l’écouter à Paris, en juin 1980. Je me suis dit : « Tiens ! celui-là a des choses à dire. » J’ai retrouvé dans ces textes le « pourquoi » qui m’a toujours passionné. Et puis, on a le temps de méditer sur le pont d’un bateau, pendant les heures de quart ! »

L’homme politique qu’il est désormais en est persuadé : « On ne pourra pas résoudre la crise sans conduire une réflexion globale sur l’homme et sur les institutions sociales : l’économie a besoin de stabilité et de morale et l’on ne peut pas être vertueux en économie si l’on s’affirme libertaire par ailleurs. Tout se tient. La crise de l’école, par exemple, est aussi la conséquence de la désagrégation des liens familiaux. »

Adhérent de l’UMP depuis 2005, Xavier Lemoine sera l’un des porte-parole de Christine Boutin en 2012. Il dit apprécier « la cohérence intellectuelle » de la présidente du PCD. « Beaucoup de concessions ont été faites à des revendications catégorielles au cours de ce quinquennat. Je pense au travail dominical comme à la théorie du genre. Christine s’efforce de promouvoir une culture de vie. J’ai la certitude qu’elle ne cédera ni sur l’euthanasie ni sur le mariage homosexuel », résume-t-il.

À Montfermeil, parmi les volumes rangés dans la bibliothèque de son bureau, il y a Mémoire et Identité de Jean-Paul II, Fier d’être français de Max Gallo, mais aussi plusieurs études sur l’islam et, bien sûr, Banlieue de la République, l’enquête sur la communauté d’agglomération de Clichy-Montfermeil conduite par le politologue Gilles Kepel (lire notre encadré page 34)« Un travail intéressant, même si je n’en partage pas toutes les conclusions : il a le mérite de souligner que la « référence à l’islam » tend à s’imposer dans nos banlieues. »

Comment l’ancien marin est-il arrivé dans cette commune de Seine-Saint-Denis, où Victor Hugo situe plusieurs scènes des Misérables(c’est dans le bois de Montfermeil que Jean Valjean rencontre Cosette) ? « J’ai repris mes études en 1987, à l’Ircom, une école de communication qui fonde son enseignement sur la doctrine sociale de l’Église, à Angers. C’est ensuite que j’ai rencontré Pierre Bernard, mon prédécesseur, grâce à l’un des animateurs d’Ichtus, une association de formation et d’action chrétiennes. Je me suis occupé de la communication de la mairie, puis du développement économique de la ville, avant de devenir le directeur de cabinet de Pierre Bernard », que Lemoine ne cite jamais sans préciser qu’il lui doit « tout ».

Cela fait dix ans qu’il est à la barre de Montfermeil. La commune compte 27 000 habitants. Elle est distante de 15 kilomètres de Paris, de Roissy et de Marne-la-Vallée, « l’un des triangles les plus riches de France, dit-il pour en souligner les atouts : Marne-la-Vallée accueille des universités et des centres de formation, Roissy un pôle de développement où 6 000 emplois sont créés chaque année ». Mais Montfermeil, juchée sur un plateau, n’a pas profité de cette situation favorable. « Il est impératif de désenclaver la ville », souligne Xavier Lemoine. Il est prévu l’arrivée d’un tramway et, plus tard, d’un métro automatique.

La ville a souffert des maux que connaissent beaucoup de communes en Seine-Saint-Denis : édification de grands ensembles dans les années 1960, dégradation rapide de ces quartiers, paupérisation de leurs habitants après le départ des classes moyennes, délinquance. C’est l’histoire de la cité des Bosquets, qui regroupa jusqu’au tiers des habitants de Montfermeil sur 3 % de son territoire. Une copropriété où l’on n’avait guère envie d’entrer tant elle était délabrée.

Tout a changé grâce aux crédits débloqués par l’État : Montfermeil et Clichy-sous-Bois (d’où sont parties les émeutes de novembre 2005) ont fait l’objet du plus grand projet de rénovation urbaine de la décennie. Depuis la fin de l’année 2004, 600 millions d’euros ont été investis dans cette agglomération pour restructurer les quartiers dits sensibles.

L’engagement de l’État et des collectivités locales « s’est traduit par une transformation complète du paysage, que nous avons pu observer en voyant disparaître des tours et des barres taguées aux ascenseurs cassés, et surgir des résidences d’aspect agréable et bien tenues », résume Gilles Kepel dans son enquête. Les travaux seront achevés en 2013.

Cela suffira-t-il à résoudre les problèmes qu’ont affrontés Clichy-sous-Bois et Montfermeil ? Les habitants sont pour la plupart satisfaits de cette évolution « mais ils demeurent préoccupés par la perspective d’une nouvelle dégradation des logements, si l’éducation des enfants reste déficiente, si le chômage de masse persiste, si les politiques publiques ne se réorientent pas du béton vers l’humain », estime Gilles Kepel.

« Il est faux de croire que rien n’a été fait sur l’humain, corrige le maire de Montfermeil, également vice-président du Conseil national des villes. La République n’a pas abandonné les banlieues : 12 milliards d’euros ont été engagés par l’État dans le cadre de la rénovation urbaine depuis 2004. Mais nous avons fait fausse route en érigeant le droit à la différence en absolu. Le problème est d’ordre culturel. Plus de quarante nationalités cohabitent à Montfermeil. Certaines personnes, qui sont là depuis dix, quinze ou vingt ans, ne parlent toujours pas français. Comment pourraient-elles suivre la scolarité de leurs enfants ? Nous avons commis l’erreur d’abandonner la politique d’assimilation, traditionnellement pratiquée par la France à l’égard des étrangers, au moment même où s’affirmait un islam politique, minoritaire mais déterminé. De sorte que des communautés à la démographie dynamique s’organisent en autarcie autour de règles et de valeurs qui ne sont pas les nôtres. »

Localement, le maire de Montfermeil a multiplié les dispositifs destinés à favoriser « la maîtrise de notre langue, la connaissance de notre histoire et le respect de notre culture ». Au niveau national, il insiste auprès du gouvernement sur les dangers d’un communautarisme exacerbé : « En banlieue, les écoles coraniques font le plein. » Le 17 novembre, Claude Guéant, en déplacement à Montfermeil, a salué « le remarquable travail » accompli par Xavier Lemoine dans sa commune. La France est en droit d’attendre des migrants qu’ils accomplissent un effort d’intégration, a souligné le ministre de l’Intérieur. « Les étrangers admis en France doivent adopter nos règles de vie. Ils doivent apprendre notre langue et respecter les valeurs, la culture, l’histoire » du pays qui les accueille.

Quelles suites le gouvernement donnera-t-il à ce discours ? Une chose est sûre : Xavier Lemoine occupe en banlieue le poste de vigie – et le marin qu’il demeure ne l’abandonnera pas. 

Fabrice Madouas

 Retrouvez ici l’article paru sur Xavier Lemoine dans Valeurs Actuelles. 

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A propos de l'auteur

Créé en 2001, le PCD est présent dans plus de 75 délégations à travers toute la France pour remettre l'homme au cœur des décisions politiques.