PCD | Parti Chrétien-Démocrate

Samu social : « Un manque de volonté politique »

PCD 2 août 2011

2 AOUT 2011 : Christine Boutin était interrogée par le JDD au sujet de la grève des professionnels de l’urgence social qui protestent contre la réduction, annoncée par l’Etat en mai dernier, des moyens alloués à l’hébergement des sans-abris.

Partagez-vous le constat de crise établi par les syndicats et les associations ?

Il y a effectivement une crise de l’hébergement d’urgence en France. La démission de Xavier Emmanuelli en est le signe fort. Il est évident qu’il n’a pas quitté ses fonctions de gaieté de cœur. Tout le monde sait qu’il y a des impératifs budgétaires mais je comprends parfaitement, pour avoir eu des responsabilités dans ce secteur, la nécessité de se battre pour que les plus démunis d’entre nous puissent avoir un toit. La priorité doit être donnée au logement pour tous, en particulier les exclus.

Etait-ce votre priorité au gouvernement?

Lorsque j’étais ministre, je me suis battue personnellement auprès de Bercy pour obtenir les financements sur l’hébergement d’urgence. J’ai vu combien il fallait d’opiniâtreté pour y arriver. Je reconnais aussi que les associations étaient déjà très critiques et pourtant, je me bagarrais. La situation ne s’est pas améliorée et dans les choix budgétaires qui ont été pris, la question de l’hébergement d’urgence n’y figure pas, ce que je regrette.

Le gouvernement assure de son côté qu’il y a assez de places d’hébergement d’urgence, à savoir 115.000. Partagez-vous cet avis ?

Non, je ne pense pas que ce soit suffisant. Maintenant, il ne faut pas non plus enfermer les personnes en grande précarité dans le système de l’urgence. Mais il doit y avoir des places pour leur permettre de retrouver ensuite un logement ordinaire.

« Ne pas prendre en considération la nécessité des plus démunis est une vision à court terme »

Mais le secrétaire d’Etat au Logement, Benoist Apparu, a justement indiqué que les 4.500 places supprimées d’ici à la fin d’année seront remplacées par autant de logements privés.

C’est la réponse qui est donnée. Mais moi je sais, pour avoir travaillé sur ce sujet durant des années, qu’il y a des catégories de personnes tellement déstructurées et désocialisées qu’elles ne peuvent pas aller directement dans un logement ordinaire. Elles ont d’abord besoin d’un logement d’urgence. Car ce n’est pas seulement un lit qui est offert, mais aussi un accompagnement psychologique et médical. On ne peut pas mettre des personnes qui étaient dans la rue plusieurs années directement dans un logement HLM classique.

Que devrait faire alors le gouvernement, et que vous-même n’aviez pas pu faire durant deux années ?

Ce que j’ai pu faire, c’est ne pas diminuer les crédits de l’hébergement d’urgence. Je suis désolée de voir que notre société ne favorise pas les plus fragiles. Il faut donc non pas diminuer les places, mais les maintenir voire en créer de nouvelles. Et bien sûr ensuite, aller vers le logement durable.

Mais vous dites vous-même qu’il y a des impératifs budgétaires…

C’est un choix! Mais ne pas prendre en considération la nécessité des plus démunis est une vision à court terme. Plus les gens seront dans le besoin, plus les problèmes de société et de santé publique se développeront.

« J’ai réussi à maintenir le niveau budgétaire lorsque j’étais ministre

Ne vous sentez-vous pas concernée lorsque les associations indiquent que cette crise touche le secteur depuis longtemps ?

Je pense que la mise en grève aujourd’hui des associations est exceptionnelle, ce n’est pas dans leur culture. Mais elles n’ont pas de ligne budgétaire à gérer, elles sont face à des problèmes humains.

Le problème daterait donc de cette année ?

Non, les associations ont toujours demandé davantage. Mais là, à ce que j’ai pu comprendre, c’est la diminution des crédits qui pose problème. Or, moi j’ai réussi à maintenir le niveau budgétaire lorsque j’étais ministre. Ce n’est pas une grande victoire mais j’y suis arrivée. Le gouvernement présente cela comme une nouvelle orientation politique. Mais au-delà de dire simplement qu’il faut plus de logements durables, on ne pense pas aux conséquences de l’abandon des plus démunis.

Finalement, vous nous dites que vous aviez très peu de marge de manœuvre au gouvernement…

Ça, ce n’est pas un scoop! (rires) J’ai fait ce que j’ai pu mais naturellement, je souhaitais avoir davantage de moyens en tant que ministre. Nous avons tout de même créé des postes d’hébergement d’urgence sous ma responsabilité. Mais je ne mets pas en cause Benoist Apparu. Ni Nicolas Sarkozy d’ailleurs. C’est un manque de volonté politique en général. Moi je dénonce des choix budgétaires. Je ne veux pas entrer dans une affaire de personnes ou dans des joutes partisanes. Ce ne serait pas au niveau de la gravité de la situation.

 

Retrouvez l’article sur le site du JDD.

Vous aimez cet article ? Partagez-le !

A propos de l'auteur

Créé en 2001, le PCD est présent dans plus de 75 délégations à travers toute la France pour remettre l'homme au cœur des décisions politiques.