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PCD 23 avril 2019

Lettre ouverte d’un élu local de la France périphérique

Monsieur le Président de la République,

Élu local siégeant dans la minorité municipale d’une ville moyenne d’un de ces territoires « périphériques », je prends la liberté de vous écrire alors que vous vous apprêtez à rendre publiques les conclusions du « grand débat » pour vous demander de ne pas vous méprendre sur la nature de ce qu’attendent les Français, ce peuple au milieu duquel je vis, je suis.

Vous avez fait, lundi dernier, le choix judicieux de reporter votre prise de parole que l’incendie de Notre-Dame de Paris aurait rendue déplacée. Et voilà que des « fuites » ont été savamment orchestrées vers la presse. Las… Si votre intention se limite à ces quelques mesures de circonstance habilement distillées, alors cette « sortie » de grand débat nous paraît loin d’être à la hauteur de ce qui se joue actuellement en France.
Une réforme qui prétendrait répondre aux revendications du mouvement des gilets jaunes sans prendre en compte le sentiment des Français de ne pas être représentés par le système politique actuel serait une réforme borgne et inutile. Comment ne pas être frappé de voir que, d’une protestation contre l’augmentation du prix du diesel, ce mouvement s’est transformé en une mobilisation en faveur d’une meilleure représentativité de notre système politique avec les prises de position en faveur du référendum d’initiative citoyenne (RIC) ?

Dans cette crise que traverse la France, c’est le principe même de l’autorité politique qui est remis en question, jusque sur le « terrain » où même les élus locaux, jusqu’ici préservés, ressentent de plus en plus cette distanciation. Et il ne nous semble pas que vous ayez pris les dispositions nécessaires à répondre à cette fracture ouverte. Au contraire, vous donnez l’impression de vous confiner dans ce pouvoir que la fonction présidentielle attribue. Et d’oublier que l’autorité, comme la confiance, ne se décrète pas, pas plus qu’elle ne découlerait durablement de quelque élection.

Alors que vous avez initié une vaste mécanique de consultation partagée, allez-vous rater ce rendez-vous que les Français espéraient, encore un peu, avoir avec leur chef d’État ? La façon très dispersée d’annoncer des décisions a quelque chose de décalé, sans rapport avec un nouveau souffle présidentiel. Les Français n’attendent pas de vous que vous assumiez des mesures techniques ni que vous essaimiez des dispositions partielles telles que la réindexation des petites retraites sur l’inflation, la création d’une nouvelle tranche fiscale, la suppression de l’ENA, l’instauration d’une dose de proportionnelle dans les législatives…

Ce devrait être au Premier ministre de prendre à sa charge de telles mesures qui, quoique importantes pour la vie quotidienne des Français, ne restent qu’à la surface du mal-être de notre pays. Le président de la République devrait se placer, lui, à la hauteur de ce que les Français en attendent : donner un cap à la nation, désigner des perspectives collectives, restaurer la confiance dans notre pays. Pour les Français, l’horizon est bouché et les perspectives inquiétantes. C’est là que la grandeur de votre fonction est attendue, car c’est là que réside le plus grand danger.

Monsieur le Président, si votre réponse n’est pas à la hauteur de ces enjeux, je me permets respectueusement de vous prier de voir le report de votre adresse aux Français comme une occasion de ne pas les décevoir. Repoussez votre réponse s’il le faut, mais répondez aux vraies questions. Car l’option technique ne saura jamais vous apporter cette autorité qui vous manque ni répondre aux détresses qu’en les occultant.

Ce qui serait un mépris de plus. Une goutte faisant vraiment déborder le vase déjà trop plein…

 

 

[RETROUVEZ LA TRIBUNE ICI]

 

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A propos de l'auteur

Créé en 2001, le PCD est présent dans plus de 75 délégations à travers toute la France pour remettre l'homme au cœur des décisions politiques.