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Interview : Jean-Frédéric Poisson sur les chrétiens d’Irak

PCD 18 septembre 2014

Retrouvez l’interview de notre Président Jean-Frédéric Poisson sur Yvelines 1ère.

« L’Occident a perdu beaucoup de temps et fait beaucoup de mal en n’aidant pas les chrétiens d’Orient durant toutes ces années. La situation délétère en Irak aujourd’hui doit beaucoup aux interventions, que la France d’ailleurs avait refusé d’accompagner, des Etats-Unis au début des années 2000. L’Irak aujourd’hui est dans le chaos en partie parce-que les américains ont considéré qu’ils pouvaient mettre par terre un régime sans le remplacer. Or, on ne supprime bien que ce que l’on remplace. La guerre entre les chiites et les sunnites irakiens s’est alors installée et a déstabilisé l’ensemble du Moyen-Orient, débordant jusqu’en Syrie.

Aujourd’hui, la communauté internationale doit assumer les conséquences de ses actes. La barbarie islamiste à laquelle nous sommes confrontés est pire que tout ce qu’on a pu imaginer sur la surface de la terre. Cette horreur nous donne des responsabilités extrêmement claires et que nous avons tardé à les prendre en considération.

Il faut prendre clairement le parti de combattre Daesh (l’Etat islamique) partout où il est. Daesh en Syrie n’est pas plus un ami que Daesh en Irak. Dans ces deux endroits, il faut le combattre de la même façon. Même si on aurait pu souhaiter faire autrement, le soutien au pouvoir en place en Syrie et en Irak est indispensable pour combattre cet ennemi de l’Etat islamique.
L’idée de soutenir Bachar El-Assad et un régime syrien qui depuis des années a mis le Liban à feu et à sang depuis plus de 30 ans ne me convient pas. Mais il n’y a pas d‘autre solution : la diplomatie exige que l’on aille parler avec ses adversaires.
La communauté internationale doit soutenir les gouvernements en place dans ces pays. Elle doit aussi donner une armée, fournir des moyens humains et matériels aux populations afin qu’elles puissent se défendre car il s’agit bel et bien d’une guerre.

L’Etat islamique n’est pas un Etat au sens du droit moderne, mais c’est un Etat au sens matériel et pratique du terme. Il a un fonctionnement, il a un budget, une armée, il s’est constitué un territoire grand comme le Royaume-Uni. Il va falloir bouter l’Etat islamique hors de ce territoire-là.
Le 15 septembre, deux rafales ont survolé la zone pour savoir quelles étaient les positions et le matériel des combattants dans l’Etat islamique. C’est la première intervention française dans le concert de cette coalition, qui est une bonne nouvelle. Peut-être les saoudiens et les Qataries vont-ils enfin sortir de l’ambiguïté terrible dans laquelle ils étaient jusqu’ici. Attendons de voir la suite. Les reconnaissances aériennes sont un début : maintenant, il faut concrétiser par des frappes ciblées, comme l’armée américaine y a procédé cette nuit et il y a quelques jours encore.

Il va falloir continuer de se battre. Ces gens sont en guerre contre nous : de notre côté, nous sommes dans une guerre de défense qui est légitime. Parce qu’elle est légitime, nous avons le devoir d’y mettre tous les moyens possibles.

Le danger islamiste déborde le territoire dans lequel il est aujourd’hui, et la menace va s’étendre chez nous aussi. Plus nous interviendrons dans ce conflit, plus la menace débordera sur notre propre territoire. Mais nous devons agir, car c’est la paix du monde qui est en jeu.

Nous devons nous battre pour que les chrétiens puissent rester chez eux. Il y a derrière la présence des chrétiens au Moyen-Orient un enjeu de civilisation. Les chrétiens sont nés et ont grandi à cet endroit-là. Dans ce monde oriental dont le Liban était une forme d’emblème, le fait de voir coexister le plus pacifiquement possible les trois grandes religions monothéistes était un signal de paix et d’équilibre et de civilisation pour le monde entier.
Eradiquer la présence des chrétiens de cette partie du monde, comme c’est l’objectif de ces barbares, est un génocide. J’ai reçu il y a quelques jours le patriarche orthodoxe d’Antioche qui a témoigné que les chrétiens d’Orient vivent aujourd’hui ce que les arméniens ont vécu de la part des Turcs il y a maintenant 100 ans. Si vous parlez des libanais qui voient déferler sur eux des terroristes islamistes tous les 30 ans, on est dans une volonté d’éradication qui prend un caractère massif, qui ne fait aucune merci, qui touche les chrétiens au seul motif qu’ils sont chrétiens, il n’en fait pas plus pour caractériser du point de vue du droit un génocide. C’est donc une situation extrêmement alarmante. C’est le crime le plus grave que l’on puisse commettre par un Etat sur la scène internationale.

Enfin, les ramifications de ce qui se passe au Moyen-Orient ont un impact important sur la France.

Pour toutes ces raisons, il faut protéger les chrétiens d’Orient et leur permettre de continuer à vivre sur leur territoire. C’est la moindre des choses. Si je fais l’analogie avec les palestiniens dont on entend que eux ont le droit de vivre là où ils sont nés, je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas pareil pour les chrétiens d’Orient. Pourquoi y aurait-il deux poids deux mesures ?

Si la France peut accueillir les réfugiés irakiens, il faut qu’elle le fasse et c’est une bonne chose, pour des raisons de devoir humanitaire et de fraternité : mais cela reste une solution de repli. Ceux qui fuient le font parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement. Si on rétablissait pour eux des conditions de vie normales dans leur pays et qu’on leur permettait de vivre en paix, en sécurité, ils ne demanderaient pas à partir, ils resteraient.
L’objectif politique n’est pas l’accueil des réfugiés. Elle est de permettre aux chrétiens d’Orient de vivre sur leur territoire.

Toutes les initiatives pour aider les chrétiens aujourd’hui sont les bienvenues. Les chrétiens sont tellement démunis de tout dans des conditions tellement terribles que l’on ne peut pas hésiter sur l’aide à apporter. De nombreuses actions sont menées par l’église, les ONG, les pouvoirs publics, les politiques, des œuvres chrétiennes en France, l’Ordre de malte : j’encourage les téléspectateurs à participer à ces initiatives.

Dans les Yvelines, entre 50 et 80 Français seraient partis faire le djihad. La loi anti terrorisme actuellement en discussion à l’Assemblée tente de répondre à cette situation. Cette loi aurait pu être améliorée, mais je pense que je la voterai. Une amélioration aurait pu être apportée en ce qui concerne les dispositions pour le retour de ces personnes qui partent faire le djihad quand elles reviennent sur le territoire, ces personnes représentant potentiellement un danger.
Certains dénoncent des atteintes aux libertés lorsque les personnes sont trop surveillées, trop contrôlées : pour ma part, je préfère être un peu moins libre que mort. »

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A propos de l'auteur

Créé en 2001, le PCD est présent dans plus de 75 délégations à travers toute la France pour remettre l'homme au cœur des décisions politiques.